Partager l'article ! Energie Partagée veut lever 3 millions d’€ auprès des particuliers: Pour financer des projets locaux d’énerg ...
Pour financer des projets locaux d’énergies renouvelables (comme BégaWatts, un parc éolien citoyen de 8 MW à Béganne, Morbihan) et d’économies d’énergie (comme Fourminergie, une rénovation énergétique portée par un collectif d’habitants de Gradignan), Energie Partagée vient de lancer officiellement, via son outil financier Energie Partagée Investissement, un appel à souscription.
On peut souscrire directement en ligne (sur www.energie-partagee.org ) ou par courrier jusqu’au 19 septembre 2012. Le montant de l’action est de 100 € (+ frais de gestion, dégressifs selon les volumes) et l’investissement ne donne pas droit à une déduction fiscale. Il est conseillé de conserver les actions pendant 10 ans au moins pour obtenir un rendement d’environ 4% par an. Il n’y a pas de dividende et une plus-value de cession ne peut être envisagée qu’au terme d’une période d’au moins 7 à 8 ans. S’il est possible de choisir de financer un projet en particulier (tel parc solaire par exemple), le fonds va mutualiser le rendement des projets. L’actionnaire sera régulièrement informé de son investissement et de l’avancée des réalisations qu’il soutient. Energie Partagée, qui a reçu le visa de l’AMF, veut lever un montant de 3 millions d’€ en nominal sur cette opération.
Un investissement risqué ?
Compte tenu des conditions, à première vue, le placement relève plus d’un choix citoyen et militant que d’un pur produit d’investissement. Ce qui n’en fait pas nécessairement un mauvais plan. Après tout, investir dans des mines qui s’épuisent, des énergies fossiles proches du pic, c’est beaucoup plus risqué que d’investir dans les énergies renouvelables, soulignait Bernard Laponche, présent à la conférence de presse.
D’autre part, à l’heure où l’on redoute les produits toxiques dans son portefeuille et où il est prudent de diversifier ses placements, celui-là a au moins le mérite d’être bio et transparent. Les investisseurs sur les marchés ne sont pas très différents des particuliers qui achètent des légumes sur le marché, ils préfèrent les produits sains aux articles frelatés. Pour preuve, l’opération est déjà un succès : Depuis l’obtention du visa de l’AMF le 20 septembre, Energie Partagée, par le seul bouche à oreille, a récolté 125 000 € via les souscriptions d’une centaine de personnes. Bilan : De 1 100 000 € au départ, le capital d’Energie Partagée Investissement est passé maintenant à 1 225 000 €.
L’eau, le soleil, le bois, le vent : Des biens communs
Christel Sauvage, Présidente de l’Association Energie Partagée, a rappelé en introduction l’origine du projet « qui a des racines anciennes éparpillées dans les territoires » et son objectif « travailler à la réappropriation citoyenne de l’énergie », à partir d’un constat : « Le citoyen, privé de débat public, est tenu à l’écart de la politique énergétique. On ne nous a pas demandé notre avis (…). L’eau, le vent, le soleil sont des biens communs qui sont dans nos territoires (…) autant que les bénéfices de ces richesses restent dans les territoires». Energie Partagée veut « sortir l’offre énergétique de la sphère spéculative » pour que les coûts «restent accessibles et démocratiques », et inciter à réfléchir aux moyens de production d’énergies renouvelables et aux économies d’énergie dans le cadre d’une démarche qui s’inscrit dans celle de Négawatt. Les projets locaux sont nombreux mais se heurtent à un écueil majeur, propre au contexte français, la difficulté à lever des fonds auprès des particuliers. Alors qu’en Belgique, ce type d’opération est assez simple et, qu’au Danemark un parc éolien au large de Copenhague, a été financé par plus de 1000 coopérateurs, en France, il faut avoir un agrément de l’AMF (Autorité des Marchés Financiers) pour lancer un appel public à l’épargne. La démarche est coûteuse (elle s’est chiffrée à environ 100 000 € pour Energie Partagée) et difficilement accessible aux petits producteurs d’énergies renouvelables auxquels Energie Partagée peut fournir maintenant un relais.
Le 1er parc éolien citoyen devrait tourner l’été 2012
Si on a découvert il y a quelques jours « les indignés du nucléaire », on ne peut manquer de saluer cette fois « les motivés des ENR ». Les uns sont tapageurs, les autres parfaitement zen.
Toutes les pesantes contraintes réglementaires imposées depuis peu à l’éolien n’ont pas enlevé sa sérénité à Michel Leclercq, le Vice-Président d’Eolienne en Pays de Vilaine, « notre projet murit depuis 2003, on a déjà connu plusieurs gouvernements. La réglementation a changé, elle changera » dit-il philosophe. L’association Eolienne en Pays de Vilaine (EPV) regroupe aujourd’hui 200 membres et porte plusieurs projets de parcs éoliens dont un parc éolien citoyen à Béganne (Morbihan) de 4 éoliennes de 2,05 MW chacune de Repower. Hormis Vergnet, spécialisé dans les éoliennes de moyennes puissances et plutôt sur le créneau des zones cycloniques, il n’y a hélas pas de constructeurs français d’éoliennes, souligne Michel Leclercq. Objectif du parc : « Maîtriser localement un gisement de vent et utiliser une partie des revenus pour inciter et accompagner les riverains à économiser l’énergie, répartir les richesses produites et essaimer l’expérience ». Pour financer l’opération et garder la maîtrise de la démarche, EPV a créé une SARL, Site à Watt, et une SAS, BegaWatts , pour la partie construction et exploitation. Les autorisations ont été obtenues en 2009 et 2010, la construction devrait commencer en février 2012 pour une mise en production l’été prochain. BegaWatts, qui a ouvert son capital le 25 novembre, a recueilli près d’un million d’euros auprès de 46 clubs d’investissement locaux de type Cigales. Energie Partagée Investissement, dont EPV est membre fondateur, participera au capital à hauteur de 500 000 € (en apport sur capital et en obligation) sur un montant de fonds propres de 2,9 M€ et un coût total de 12 M€. Le reste du capital est apporté par EPV, Site à watt, des particuliers, des entreprises de l’économie sociale, et, probablement, la région Bretagne.
La 1ère centrale photovoltaïque française fête ses 20 ans en 2012
En 1991, l’association Phébus (aujourd’hui HESPUL, membre de Solira société rhône-alpine fondatrice d’Energie Partagée) lançait une collecte pour financer le premier toit photovoltaïque français raccordé au réseau. 150 personnes ont participé, et la production a démarré en juin 1992. Installé à quelques dizaines de kilomètres de Superphénix, il a produit plus d’électricité que le surgénérateur nucléaire et fêtera bientôt ses 20 ans. « Nous avons gagné notre pari » a dit Marc Jedliczka. Il a révélé avec enthousiasme que HESPUL avait d’autres projets dans ses cartons dont un projet photovoltaïque citoyen sur le plateau d’Albion, site qui a longtemps servi au stockage de missiles nucléaires. Si ça, c’est pas de la transition énergétique...