Le 19 janvier, le Syndicat des Energies Renouvelables a présenté son Livre Blanc des énergies renouvelables, une
feuille de route pour 2020 (avec une projection 2030) qui propose de porter la part des énergies renouvelables à 25%, soit de dépasser l’objectif du Grenelle fixé à 23% d’EnR dans le mix
énergétique. A la clé : Un excédent de 3,4 milliards d’€ pour la balance commerciale (ou un déficit en moins), 20 millions de tonnes de CO2 évitées, et la création de 125 000
emplois.
20 000 MW de photovoltaïque
But principal : Poursuivre la trajectoire du Grenelle, à l’exception de l’objectif pour le photovoltaïque rehaussé à 20 000
MW au lieu de 5 400 MW. Le SER préconise d’inscrire 20 000 MW en 2020 dans la PPI (Programmation pluriannuelle des investissements), d’étendre le tarif d’achat aux installations de plus de 100
kWc (actuellement soumises au régime des appels d’offres), de modifier le système de décroissance du tarif pour envisager un volume cible annuel de 1700 MW. Le SER est prêt à étudier avec les
pouvoirs publics un nouveau mécanisme de dégressivité a précisé Jean-Louis Bal, Président du SER.
Libérer la petite hydraulique
Parmi les 12 propositions du Livre Blanc, on note le soutien au développement de la petite hydraulique avec un objectif de
27 500 MW en 2020. L’hydroélectricité est un bon complément aux énergies solaire et éolienne, notamment en raison de ses possibilités de stockage. A l’horizon 2020, cette forme d’énergie
fournira 3 Twh d’électricité supplémentaire à l’équilibre offre/demande et à la stabilité du réseau électrique. Anne Penalba, Présidente de France Hydro Electricité, regrette que la petite
hydraulique soit victime « d’un millefeuilles de couches réglementaires ». (avec une conciliation difficile entre « l’inscription du potentiel hydroélectrique dans les schémas régionaux
» et « le classement des cours d’eaux »).
100% d’énergies renouvelables dans les îles
C’est possible à l’horizon 2030. Pour 2020, le Livre Blanc prévoit un objectif de 50% d’EnR en Corse et dans les DOM-TOM.
Pour l’atteindre, Jérôme Billerey, Président de la Commission Outre-Mer du SER, préconise notamment la prise en compte de l’autoconsommation et une adaptation des lois littoral et montagne très
contraignantes. Des développements de solutions de stockage sont en cours et ces territoires isolés sont un peu « le laboratoire des réseaux électriques du futur » précise Jean-Louis
Bal.
Placer les EnR au cœur du bâtiment
et mieux prendre en compte le chauffage au bois dans la RT 2012 font également partie des propositions des
professionnels.
Quel coût pour le consommateur ?
La mise en œuvre des propositions du Livre Blanc est chiffré à 5 milliards d’€ en 2020 comme contribution à la CSPE, ce qui
représente une hausse de 12% de la facture du consommateur. Contrepartie : Une dynamique industrielle, des créations d’emploi et un bénéfice de la balance commerciale.
Les atouts industriels français dans la compétition internationale
Sur le plan mondial en 2010, les investissements dans les énergies renouvelables ont dépassé 200 milliards de $. De grands
pays émergents (Chine, Inde, Brésil) ont lancé des plans ambitieux d’équipements pour la production des énergies renouvelables. Malgré la crise, le secteur est plutôt en forme. Mais il faut
reconnaître que ce n’est, hélas, pas tout à fait le cas en France. La filière photovoltaïque a perdu 7000 emplois, la dégressivité trimestrielle du tarif est une catastrophe (d’autant que le 19
du 1er mois, on ne connait toujours pas le tarif d’achat qui s’applique sur le trimestre en cours !) et l’éolien terrestre, filière mature et prometteuse, est entravée par des procédures
administratives lourdes et complexes. Les professionnels du SER restent néanmoins confiants. « La France est dans la course » et a des atouts pour « se placer dans le peloton
de tête ». Jean-Louis Bal, Président du SER, a rappelé la présence d’entreprises françaises sur l’ensemble de la chaîne de valeur (Sillia, Fonroche, Photowatt, Auversun dans le
photovoltaïque ; Vergnet, Aérowatt, Alstom et Areva dans l’éolien, pour en citer seulement quelques-unes). Certaines ont déjà pris place à l’international.
Eolien terrestre : une implantation laborieuse
L’énergie éolienne terrestre se développe en France au rythme de 1000 MW chaque année, mais 1350 MW sont nécessaires pour
réaliser les objectifs du Grenelle et il faudra « trouver une solution autrement on ne sera pas au rendez-vous » précise Nicolas Wolff, Président de France Energie Eolienne. Concernant
la parité réseau de cette énergie, elle est très proche et sera effective d’ici 2 ou 3 ans. Sur le marché de gros, le prix de l’électricité varie entre 50 et 60€/MWh et celui de l’éolien est à 80
€/MWh. Le fossé existant est en train de disparaître, explique Nicolas Wolff. L’éolien est d’ores et déjà compétitif notamment avec le coût de l’électricité de l’EPR (estimé à 70 €/MWh).
Est-ce que le contexte français, centralisé, avec une production d’EnR aux mains de grands groupes (alors que les EnR en
Allemagne sont majoritairement détenues par de petites unités locales) n’est pas un handicap pour leur développement ? « Si la possibilité d’investir dans les renouvelables pour
les citoyens et les collectivités n’a pas atteint le même niveau de maturité qu’en Allemagne et au Danemark, il y a des progrès », répond Nicolas Wolff.
Orienter l’épargne vers les EnR
Parmi les pistes pour favoriser l’investissement privé dans les EnR, Eric Vincent, Vice-Président du SER, a évoqué la
possibilité de ré-orienter le Livret de Développement Durable. Objectifs proposés : Améliorer les conditions commerciales des banques pour le financement des EnR ou créer un mécanisme de garantie
qui permettrait aux banques et assurances de diminuer leurs besoins de fonds propres pour financer les énergies renouvelables.
Engager le débat avec les candidats à la présidentielle
Contributions du Syndicat des Energies Renouvelables au débat sur l'énergie, les propositions du Livre Blanc seront
discutées lors du colloque annuel du SER le 7 février à la maison de l’UNESCO. Intitulé «Energies Renouvelables, énergies de notre siècle », ce colloque accueillera, outre
les Ministres Eric Besson et Nathalie Kosciusko-Morizet, des sommités du monde de l’énergie (dont Gérard Mestrallet de GDZ-Suez, Luc Oursel d’Areva , Henri Proglio d’EDF), des chercheurs (Daniel
Lincot du CNRS), et des candidats à la présidentielle.
Le Livre Blanc est téléchargeable en ligne sur le site du SER www.enr.fr